nom scientifique: Calendula officinalis L.
famille: Asteraceae
statut: cultivé
floraison: 4-8
propriétés / indications thérapeutiques:
anti-inflammatoires, cicatrisantes, antalgiques, antiprurigineuses, anti-infectueuses, antivirales, emménagogue /
escarres; plaies; contusions; hématomes; varices; dermatites; eczéma; furoncles; acné; verrues; coups de soleil; peaux délicates (notamment chez le nourrisson); bains de bouche; aphtes; pharyngites (gargarismes); conjonctivites (collyre); gastrite; ulcère; crampes d’estomac; règles douloureuses; protection rétinienne
utilisations:
tisanes : 2-3 [cs/l] (cuillères à soupe par litre) de fleurs séchées – porter à ébullition de l’eau froide – laisser infuser ~ 5-10 min., utiliser 1 tasse 2-3 tasses par jour localement pour les affections bucco-pharyngées (bain de bouche, gargarisme) ou par voie orale dans les indications gastriques /
autres utilisations: décoction, teinture, baume, macération huileuse
…
contre-indications / précautions d’usage:
ne pas prolonger l’usage par voie interne (infusion, teinture-mère) plus de deux semaines. La dose max. en teinture-mère est de 30 gouttes à diluer, 3 x par jour.
particularités: (source : Dr LORRAIN ERIC, Grand Manuel de phytothérapie)
« Peut-on faire de la phytothérapie sans souci ? Non, pensait-on au Moyen Âge, période qui vit se développer l’usage médicinal de Calendula officinalis. En ces temps médiévaux, la plante était déjà largement utilisée à des fins thérapeutiques. Cela allait des morsures de serpents aux piqûres d’insectes, en passant par la jaunisse et la fièvre. En Italie, C. officinalis entrait dans la composition de collyres pour soigner les maladies oculaires. Outre-Rhin, la moniale bénédictine Hildegarde de Bingen l’utilisait contre les plaques teigneuses affectant le cuir chevelu. Certes, les boutiques d’apothicaires n’étaient pas aussi répandues que les pharmacies d’officine de notre XXIe siècle. Mais la ressource végétale était à portée de main, dans le jardin des simples. Depuis cette époque, les connaissances phytochimiques ont considérablement progressé. Cependant, le potentiel curatif de la plante commence à peine à être dévoilé, en particulier dans le cadre de son administration par voie interne.
C’est finalement dans le domaine dermatologique que le souci officinal a acquis ses lettres de noblesse. Cette reconnaissance est tellement justifiée et méritée qu’elle dépasse désormais le cadre strictement médical pour s’étendre à la cosmétologie. Pourquoi la calendule? Pour éviter de renvoyer la beauté aux calendes grecques. La peau de nos contemporaines le vaut bien – surtout si elle est marquée par les soucis de l’existence -, et les messieurs ne sont pas en reste. Qui peut jurer qu’elle ou il n’aura pas besoin de faire appel à un moment donné aux vertus adoucissantes et cicatrisantes de la fleur des premiers jours du mois, appréciant alors ses services rendus, jusqu’aux derniers instants? Pourquoi d’ailleurs attendre que l’exposition aux aléas du monde extérieur laisse sa marque sur notre enveloppe charnelle pour bénéficier de ses bienfaits ? Faut-il sans réagir laisser le burin des années accomplir son œuvre et sculpter d’indélébiles sillons sur notre visage, celui-là même que l’on souhaiterait conserver juvénile afin de défier le temps ? En tout cas, pour celles et ceux qui n’ont pas la beauté troublante et persistante de Romy Schneider dans « La Passante du Sans-Souci », il peut être judicieux d’appliquer durablement une crème au calendula, afin que ne s’impriment pas sur la peau les stigmates de la vie.
ll faudrait être dépourvu de la vue pour ne pas reconnaitre que ce végétal voyant connaît de multiples applications, qui pour la plupart aident à magnifier la visibilité. Ses fleurs s’emploient notamment en tant que colorant naturel, vif et durable, et pour leur capacité à fixer la couleur, que cela soit pour les cosmétiques (savons, crèmes, baumes à lèvres), les aliments (beurre, fromage, lait), les cheveux (alternative au henné), les tubes de peinture des artistes peintres, et pour teindre les tissus, tels que le coton, la laine et la soie. Au-delà de la recherche esthétique, sa capacité tinctoriale a trouvé d’utiles débouchés dans l’habillement, permettant ainsi de donner une couleur jaune distinctive et identifiable aux vêtements de travailleurs (artisans, jardiniers, etc.). Au XIXe siècle, son usage s’étendait aux tenues des prisonniers français, plus particulièrement en région parisienne. Connue sous le nom de « teinture de Saint-Quentin », du nom de la prison éponyme où elle était souvent utilisée, cette lumineuse coloration ne passait pas inaperçue lorsque les locataires des lieux tentaient de se faire la belle.
Avec la même intention, les amoureux transis sont prompts à dégainer un bouquet garni de ses capitules radiés, pour mieux exprimer leurs sentiments, et témoigner de leur engagement loyal et fidèle. Dans cette petite cuisine affective, la bonne recette est de faire en sorte que les signes extérieurs d’engagement personnel soient clairement identifiés et attirent l’attention du cœur convoité. Ne nions pas le fait que le calendula s’emploie dans sa finalité relationnelle de la même manière qu’en thérapeutique dermatologique: pour préserver et embellir notre apparence. Mais reconnaissons aussi qu’au-delà de ce qu’il permet de voir, il incarne plus profondément un symbole d’amour, témoignant de l’attention que l’un porte à l’autre. Il matérialise un comportement tout entier dirigé vers celui ou celle qui éclaire notre existence, vers l’être dont la lumière nous nourrit et fait ce que nous sommes, en pleine clarté. Ainsi, tel le tournesol, la plante se tourne en permanence vers l’astre solaire tout au long du parcours de ce dernier dans le ciel, attitude caractéristique qui a fait d’elle un souci – nom vernaculaire dérivé du latin solsequia, signifiant qui suit le soleil-, alors que les poètes romantiques préfèrent l’évoquer en tant que fiancée du soleil. Pareille à une Chimène pour son Rodrigue, elle ne saurait se détourner de lui. Après avoir cherché sa bonne étoile et l’avoir trouvée, ce n’est pas le moment de la perdre de vue.
Il est donc entendu que les fleurs jaune d’or du calendula captent notre regard et agrémentent notre champ de vision, grâce soit rendue à leurs caroténoïdes. En gastronomie, elles possèdent également une fonction décorative, comme dans les salades d’été, illuminées par leurs pétales ensoleillés, ou pour teindre les pâtes ou le riz en les incorporant dans l’eau de cuisson, ce qui leur vaut le surnom de safran des pauvres. La contribution de ces ingrédients fleuris ne se limite pas à l’aspect visuel; les autres sens sont également sollicités. Davantage que leur odeur aromatique, les gourmets apprécient leur saveur poivrée, très légèrement amère. Les fins palais peuvent apprécier leur petit arrière-goût de radis qui relève les sauces vinaigrette -par exemple avec un peu d’ail, de miel et de jus de citron-, améliore le rendu gustatif des soupes et des bouillons, rehausse la sapidité des salades et des légumes, ou s’accorde avec les préparations à base d’œufs, rendues ainsi plus savoureuses. Sans même être un disciple du chef cuisinier Marc Veyrat, il ne faut pas hésiter à manier la calendule, par exemple pour inclure ses fragments capitulaires dans la pâte à gâteaux, ou encore pour confire ses boutons de fleurs dans du vinaigre, afin de les utiliser en condiment à la manière des câpres. Et si vous incorporez le souci dans la moutarde, peut-être ne vous montera-t-elle plus au nez. Encore une manière d’éviter les soucis.
Pour ceux qui préfèrent profiter de lui dans son élément naturel, le calendula sait une nouvelle fois joindre l’utile à l’agréable. Si ses vertus mellifères permettent d’attirer les pollinisateurs carnivores, comme les syrphes, ce qui en fait un allié précieux pour chasser les pucerons, il constitue quoi qu’il en soit une remarquable plante ornementale d’extérieur, offrant une éclatante floraison depuis les premiers jours du printemps jusqu’aux frimas de l’automne. Il décore les espaces verts en apportant la chaleur de ses notes dorées. Il agrémente les parterres et les plates-bandes de ses resplendissantes ponctuations, contribuant formidablement à compléter la palette chromatique du jardinier soucieux de transformer son enclos en tableau vivant.
Alors, est-il concevable de se passer du souci des jardins et de la couleur qu’il met dans notre vie? On n’ose à peine y penser, mais l’éventualité n’est pas impossible. Compte tenu de ses qualités intrinsèques et de ses charmes ostensibles, l’idée qu’il vienne à manquer n’est pas sans générer quelque inquiétude. Une chose est certaine: dans tous les cas, on aura toujours du souci ! »
