sauge sclarée

nom scientifique: Salvia sclarea L.

famille: Lamiaceae

statut: cultivé

floraison: 5-6
intérêt pollinifère[0;5]: 2
intérêt nectarifère[0;5]: 3

propriétés / indications thérapeutiques:

anti-infectieuses /
prévention des récidives de gastrite ou d’ulcère à Helicobacter pylori, aphtes, pharyngites infectieuses, herpès buccal et labial;

hormonales, emménagogues /
règles douloureuses;

neuropsychiques, cognitives, neuroprotectrices /
dépression du post-partum, amélioration des performances cognitives (mémoire et attention), prévention et accompagnement des maladies neurodégénératives;

antispasmodiques, carminatives, antioxydantes, antisudorales/
aide à la digestion, régulation de la transpiration

utilisations:

tisanes :
10-20 [g] de feuilles séchées par litre, à laisser infuser pendant 8-10 min.

contre-indications / précautions d’usage:

hypersensibilité aux substances actives, hyperoestrogénie, cancer hormonodépendant, antécédents d’épilepsie, grossesse et allaitement

particularités: (source : Dr LORRAIN ERIC, Grand Manuel de phytothérapie)

« La sauge est une belle plante médicinale d’usage traditionnel depuis la nuit des temps, principalement en Occident. Elle est connue et utilisée par les civilisations méditerranéennes depuis l’Antiquité, d’abord les Égyptiens, qui y avaient recours chez les femmes pour favoriser la maternité, puis les Grecs et les Romains. Ainsi, Hippocrate et Théophraste, puis Dioscoride et Galien l’appréciaient pour ses vertus emménagogues, cicatrisantes et toniques. De fait, la sauge était considérée depuis l’Antiquité comme un remède exceptionnel, voire comme une panacée. Une de plus, direz-vous! Sans doute, mais celle-ci est l’une des plus anciennes et des plus réputées. Elle rendit certainement quelques services, puisqu’elle était l’herbe sacrée des Latins. Ceux-ci la baptisèrent Salvia, du fait de sa capacité à leur redonner la santé et à les guérir. C’est du moins le premier sens du verbe latin salvare. À partir du ve siècle, ce terme finit par signifier sauver, voire procurer le salut éternel. À force de guérir …

La sauge des anciens, probablement la sauge trilobée, commune en Grèce – et non pas S. officinalis, comme on l’a d’abord cru à l’issue de traductions inappropriées des textes de l’époque -, a fait face à tous ses devoirs au fil du temps, au point d’être surnommée la toute-bonne. Ainsi, les anciens Grecs étaient convaincus que la plante renforçait la mémoire et la concentration (ils n’avaient pas tort), et ils mâchaient ses feuilles avant les examens. De même, elle forçait le respect des Romains, qui, les pieds nus et vêtus d’une toge immaculée, la ramassaient cérémonieusement à la main. Il se dit que lors de sa cueillette, les druides prenaient la sage précaution d’employer une serpette fabriquée sans ajout de fer, la sauge réagissant mal au contact des métaux ferreux.

C’est ainsi que la réputation flatteuse de Salvia a traversé les millénaires, lui permettant de s’adapter aux besoins de chaque cycle historique. S’agissant d’une plante mythique, elle a rapidement alimenté diverses légendes populaires. La plus connue d’entre elles raconte que la sauge aurait été utilisée pour protéger les Grecs de la peste bubonique qui a frappé l’Europe au XIXe siècle. Quatre voleurs, qui avaient pillé les maisons des victimes décédées de cette infection très contagieuse, ne tombèrent pas malades. Lorsqu’ils furent finalement capturés, on leur demanda comment ils avaient réussi à échapper à la maladie. Pour éviter la peine de mort, ils divulguèrent leur secret et révélèrent leur astuce pour rester en bonne santé pendant l’épidémie : ils se frottaient avec une préparation à base d’huiles essentielles, faisant appel notamment à la célèbre plante.

C’est ainsi que la tradition orale s’empara de ce récit, le transmettant via le bouche-à-oreille à travers le temps et l’espace, alimentant un imaginaire déjà fort riche à cette époque autour de cette médication miraculeuse. Les croyances allaient bon train (cela a-t-il changé ?), et, en ces temps médiévaux, la sauge était considérée comme une herbe magique. Elle était volontiers utilisée dans divers rituels et pratiques de guérison. Elle était également réputée aider les femmes à garder leur virginité. Selon une anecdote – invérifiable, mais illustrative du crédit accordé au végétal omnipotent -, une jeune fille, qui peut-être avait de bonnes raisons pour faire appel à cette vertu afin de sauver la sienne, voulait conserver sa condition virginale avant le mariage. Elle se vit conseiller de mâcher des feuilles de sauge tous les jours, ce qu’elle fit. Mal lui en prit, car lors de sa première nuit de noces, elle avait tellement mauvaise haleine, en raison d’une mastication sans doute trop assidue, qu’elle ne put même pas embrasser son mari. Celui-ci, furieux, la répudia immédiatement, et elle retourna chez ses parents, honteuse. De nos jours, on appelle cela un effet secondaire. Cependant, techniquement, l’herbe remplit sa mission, puisque l’idylle ne fut pas consommée, et, si virginité il y avait, celle-ci fut préservée !

D’autre usages sont bien mieux documentés. Par exemple, au temps de François Ier, la sauge était employée pour soigner les plaies causées par l’arquebuse, l’arme fatale de ces temps reculés. Pour l’occasion, on fabriquait l’eau d’arquebusade, à l’aide de plantes médicinales comme le fenouil, l’hysope, la menthe, le plantain, et bien sûr, la sauge, à partir d’une recette originale secrète de l’ancien ordre des Antonins, fondé en 1095 par Gaston, seigneur du Dauphiné, avec la mission de prévenir et de soigner le mal des Ardents, alias le feu de Saint-Antoine. Cette eau vulnéraire, aux vertus bénéfiques – qui contient quand même 38 % d’alcool, ce qui reste acceptable si l’on s’en tient à un usage local… -, reste proposée de nos jours pour activer la circulation sanguine, procurer une sensation de bien-être immédiat, stimuler la régénération de la peau, améliorer les défenses naturelles, aider à lutter contre les rides, soulager la fatigue des jambes et des pieds, etc. La toute-bonne, vous dit-on !

De fait, outre sa réputation mythique, la dimension salvatrice de la sauge était déjà théorisée par les apothicaires, les ancêtres des pharmaciens, et par les « physiciens » du Moyen Âge, comme on appelait les médecins à l’époque. La très réputée école de médecine de Salerne la mettait sur un piédestal, au point de lui mitonner une maxime définitive : « Pour quelle raison un homme devrait-il mourir, alors que de la sauge pousse dans son jardin ? » On remarquera au passage que cette plante « amazone » – une belle plante pour les femmes ! – était alors quelque peu confisquée par les hommes de la Faculté. C’était l’époque de l’imparité !

Cela étant dit, les anciens avaient peut-être raison de croire aux vertus salvatrices de la sauge, à en juger des travaux de ces vingt dernières années. Outre ses propriétés hormonales, qui sauvent la mise des dames en rééquilibrant leur indispensable cycle menstruel, puis qui les aident à s’en passer quand survient l’aube de l’automne de leur vie, la sauge dévoile sa vraie nature, étude après étude, et fait montre de belles propriétés neuropsychiques, immunitaires et même métaboliques. Autant de qualités qui en définitive se rapprochent de la définition d’une plante adaptogène, le terme moderne pour traduire le concept de panacée des temps anciens. Il n’est pas surprenant que des générations de femmes lui doivent leur salut. Il serait désormais sage de l’utiliser plus largement chez l’homme. Ah, elle est bien bonne, celle-là ! »