nom scientifique: Filipendula ulmaria L.
famille: Rosaceae
statut: cultivé
floraison: 6-8
intérêt pollinifère[0;5]: 2
intérêt nectarifère[0;5]: 4
propriétés / indications thérapeutiques:
anti-inflammatoires, astringentes/
rhumatismes, douleurs articulaires, arthrite, capsulite, arthrose, tendinite, bursite, crampes, courbatures
antibactériennes, antioxydantes, antalgiques, fébrifuges /
rhumes; états fébriles et grippaux, céphalées, douleurs dentaires
diurétiques /
troubles des voies urinaires, élimination rénale de l’eau
utilisations:
infusion: 2-3 [cs/l] (cuillères à soupe par litre) de plantes (sommités fleuries) – chauffer de l’eau froide (frémissement) – laisser infuser ~ 5 min., boire selon besoins, 1-3 tasses par jour
…
contre-indications / précautions d’usage:
aucune aux doses préconisées, en dehors de l’association avec l’alcool, qui pourrait agresser la muqueuse gastrique
éviter en cas d’allergie à l’aspirine
particularités: (source : Dr LORRAIN ERIC, Grand Manuel de phytothérapie)
« Ah, la reine des prés, cette diva mellifère des herbacées européennes! Certes, son surnom pompeux d’herbe aux abeilles est amplement justifié. Elle mérite plus encore son titre de noblesse, tant elle se pavane avec élégance dans les prairies, jouissant d’une position de prestige que ne dément pas son allure altière et son port distingué. Son nom latin de genre Filipendula semble sorti tout droit d’un roman médiéval, mais en réalité, il s’explique simplement par le fait que ses parties souterraines ressemblent à des pendouilles filaires. Effectivement, il provient de filum, qui signifie fil et de pendulus, pour pendant, en raison de l’aspect élancé des tubercules racinaires, qui pendent de manière caractéristique sur des racines fibreuses. Son ancien nom de genre Spiraea est dû à la forme spiralée de ses fruits. Quant à sa dénomination d’espèce ulmaria, restée inchangée, elle provient de sa ressemblance avec l’orme, ulmus en latin. Effectivement, les folioles de la reine des prés sont asymétriques, comme les feuilles de l’orme. Mais là s’arrête la comparaison. Loués soient les progrès en botanique, depuis lors, on ne fait plus l’erreur …
Mais ce qui rend cette belle encore plus spéciale, c’est son sens du placement, son aptitude à sortir de l’ombre humide pour mieux se mettre en lumière. Sa présence dans le paysage est en effet un bon indice en faveur d’une généreuse présence aquatique à proximité ou dans le sol sur lequel elle croît. En ce sens, elle fait penser à la prêle de champs. Les pieds non loin de l’eau, la tête non loin du soleil, l’ancienne plante sacrée des druides règne en maîtresse incontestée dans les grandes prairies des régions baltiques et magnifie avec classe les prés verdoyants du Massif central, qu’elle habille de ses gerbes lactescentes.
Durant des siècles, notamment au Moyen Âge, la prestance de sa tenue, tout en panache, conférée par ses inflorescences en corymbes d’un blanc empreint de pureté, lui a valu d’orner les églises sous forme de guirlandes lors des célébrations nuptiales, et de décorer les bouquets de celles qui passaient en grande pompe du statut de promise à celui d’épouse, d’où son appellation vernaculaire britannique de bridewort, l’herbe à la mariée. Outre son côté chic et son parfum délicat, elle provoque le choc des papilles, en dévoilant une saveur très prononcée de type muscat qui a permis pendant des lustres de valoriser les vins, d’aromatiser les bières locales, et d’adoucir l’hydromel. Cela explique son autre nom d’usage anglais de meadsweet, c’est-à-dire sucre à hydromel, lequel se justifie lorsque l’on constate la forte teneur en glucides de ses parties aériennes fleuries. Ses vertus culinaires, notamment son délicat goût d’amande amère et de vanille, lui valent encore d’être utilisée par les connaisseurs pour parfumer les desserts. En fin de repas, ses fleurs et ses feuilles permettent de déguster une infusion agréable. On peut savoir bien vivre et aimer les plantes. Il est vrai qu’un petit vin blanc à la reine des prés, cela n’est pas désagréable. Même si cela peut causer la goutte, tant pis ! L’antidote est livré avec le poison …
Les propriétés antalgique et fébrifuge de la reine des prés sont connues par les médecins depuis ]’Antiquité jusqu’à la Renaissance. Au cours des siècles passés, elle était en compétition avec l’écorce de saule pour fournir le salicylate, remède parfait pour soulager la douleur et calmer la fièvre. Des deux végétaux, c’est finalement le second qui l’emporta, en permettant l’isolement de la saliciline qui ouvrit la voie à la synthèse de l’acide acétylsalicylique au cours du XIX siècle. Pas rancunière, la barbe des chênes se consola en inspirant le nom de baptême, aspirine, donné en 1899 par les scientifiques du laboratoire Bayer à la molécule de synthèse : a pour acétyl, du fait de l’acétylation qui permet à l’acide salicylique d’être mieux toléré au niveau digestif, et spir pour spirée. Bel hommage des précurseurs de l’allopathie à ce que l’on appelait encore l’herboristerie, devenue désormais phytothérapie, au service de la phytomédecine. Au-delà de l’anecdote, on aimerait bien que persistent quelques traces de cette reconnaissance à Dame Nature dans notre univers médical contemporain.
C’est avec bonheur que l’on peut solliciter cette majestueuse rosacée dans les indications pour lesquelles son recours est souverain. On saura alors l’associer à son aréopage de plantes d’actions complémentaires, de telle sorte que la synergie puisse opérer et l’effet thérapeutique s’accomplir pour le plus grand bénéfice du malade. Il faut bien le corps de la reine des prés pour remettre en harmonie le corps du patient, incarnant ainsi le principe royal de la grande dame blanche. Dans le conte d’Andersen, la Reine des neiges doit apprendre à contrôler ses pouvoirs grâce à l’amour et la confiance. Apprenez, vous aussi, à maitriser les potentialités de la reine des prés. Parfois la vie en bonne santé ne tient qu’à un fiI, et il peut être précieux de se tourner vers le pendant naturel de la chimie de synthèse. Phytothérapeutes de tous pays, plutôt que de jeter un froid auprès de votre patient enflammé (ne lui prescrivez pas d’allopathie alors qu’il ne supporte ni l’aspirine ni les anti-inflammatoires non stéroïdiens pour cause d’estomac fragile et/ou d’intestin fatigué…), refroidissez tranquillement le feu local grâce à la belle des prés, pour un cessez-le-feu efficace et une paix durable. Sûrement, le destin de monarque de Filipendula est loin d’être terminé. En tant que tel, elle a bien survécu à la Terreur durant la Révolution française ! Encore que, pour faire de la bonne phytothérapie, il faille malgré tout lui couper la tête pour en exploiter les belles qualités, puisque ce sont ses sommités fleuries qui sont utilisées en médecine… Robespierre, sors de ce corps ! De fait, dans cette France républicaine pour qui l’Histoire commence avec la guillotine alors qu’elle est peuplée de citoyens paradoxalement passionnés par la petite histoire des têtes couronnées d’Europe et plus particulièrement d’Angleterre, peut-on encore utiliser une référence royale pour évoquer cette grande dame des prés ? Certes on le peut, et on le doit, tant cette qualité de reine sied à merveille à cette gracieuse plante, revêtue en pleine floraison de sa somptueuse parure blanche. Car la science nous le dit désormais : ce n’est que justice qu’elle puisse trôner en majesté au milieu des végétaux « ordinaires ». Aux cartes, avoir une reine dans son jeu est un atout. II en est de même en phytothérapie. »
