nom scientifique: Plantago lanceolata L.
famille: Plantaginaceae
statut: local
floraison: 5-9
intérêt pollinifère[0;5]: 4
intérêt nectarifère[0;5]: 0
propriétés / indications thérapeutiques:
antispasmodiques bronchique, anti-inflammatoires, anti-infectieuses (aux niveaux ORL et respiratoire), émollientes, mucolytiques, antitussives, expectorantes /
bronchite ; rhumes ; asthme ; toux sèche, irritante ; rhume des foins (atténue l’inflammation des muqueuses respiratoires et apaise la toux)
antihistaminiques, antiprurigineuses, cicatrisantes, antiseptiques /
plaies ; aide à la cicatrisation cutanée en cas de contusions, blessures, plaies, escarres ; conjonctivite ; éruptions allergiques (suite piqûres d’insectes, allergie de contact) ; eczéma
anti-inflammatoires et antiseptiques de la cavité buccale et des voies digestives, astringentes /
gingivites ; aphtes ; ulcères ; gastrites ; colites ; diarrhées
utilisations:
infusion: 2 [cs/l] (cuillères à soupe par litre) de plantes (feuilles sèches) – porter à ébullition de l’eau froide – laisser infuser ~ 5 min. puis filtrer, laisser refroidir, sucrer au miel, boire selon les besoins , 2-3 tasses par jour;
en combinaison avec le miel et le thym, soulage rapidement la toux, qu’elle soit grasse ou sèche
usage externe: utiliser le suc de plantain frais en ayant préalablement froissé ses feuilles dans les mains pour soulager les inflammations de la peau, les plaies, les blessures, les piqûres d’insectes (moustiques, guêpes), les furoncles, les démangeaisons
contre-indications / précautions d’usage:
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particularités: (source : Dr LORRAIN ERIC, Grand Manuel de phytothérapie)
«Le nom du plantain provient du mot latin plantago, signifiant « qui ressemble » (-go) « à la plante du pied » (planta). Ce végétal est tellement répandu dans son habitat habituel, c’est-à-dire dans les espaces verts et sentiers susceptibles d’accueillir des marcheurs, que ces derniers n’auront de cesse de le fouler aux pieds. Panards humains et espèces de Plantago se rencontrent et se mélangent ainsi de la façon la plus naturelle du monde. Une simple promenade estivale sur les chemins de campagne suffit généralement pour écraser négligemment quelques spécimens de petit ou de grand plantain. Il faut cependant comprendre que ce piétinement lui rend en quelque sorte service, puisqu’il contribue à le propager un peu plus loin. C’est ce qu’avaient observé les autochtones d’outre-Atlantique après l’arrivée des explorateurs européens sur les nouveaux territoires nouvellement découverts, ce que confirme de nos jours l’étude des groupes génotypiques. Le plantain s’installait à chaque endroit où le colon posait son soulier ou sa botte, ses semelles transportant négligemment, en passager clandestin, les toutes petites graines de la plante, notamment en terre d’Amérique depuis la France ou l’Angleterre. C’est ainsi que les Amérindiens nommèrent la plante pieds de Blancs quand ils conversaient en français, et white man’s foot lorsqu’ils s’exprimaient en anglais. Ils ont su tirer parti de cette intrusion végétale, en intégrant rapidement le grand plantain, jusque-là inconnu en tant que tel dans leur pharmacopée traditionnelle, à côté des plantes locales. Echange de bons procédés, puisqu’en Europe, nous avons fait de même avec la canneberge et la vergerette du Canada. De fait, le plantain a su profiter des échanges interhumains et se répandre dans les deux Amériques, et jusqu’en Australie, où il finit par être considéré comme envahissant. Normal pour une mauvaise herbe ! Il a sans doute résisté à Attila, car là où le pied de l’homme passe, le plantain pousse !
Marqueur du passage d’Homo Sapiens, le rustique plantain sait ramener sa graine, au point d’être considéré comme un indicateur de l’agriculture dans les diagrammes polliniques. Ainsi, P. lanceolata a été trouvé dans l’Ouest de la Norvège à partir du Néolithique ancien, ce qui indique l’existence de pâturage dans cette région depuis cette époque. La plante est donc étroitement liée à la présence de l’Homme, les anciens ayant rapidement reconnu ces vertus et vu en elle autre chose qu’une simple mauvaise herbe. Sa qualité première est qu’elle est entièrement comestible (feuilles, fleurs, graines, racines). Les survivalistes de notre actuelle époque d’abondance devraient s’en réjouir ! Très tôt, les premiers regroupements de population ont appris empiriquement à utiliser le plantain pour soulager les désagréments provoqués par les piqûres d’ortie ou d’insectes. Les sculptures de feuilles nervurées chez les Egyptiens et les écrits de Théophraste, de Pline l’Ancien, de Dioscoride et de Galien témoignent de son utilisation précoce en médecine populaire pour ses vertus anti-infectueuses, astringentes et cicatrisantes. Les apothicaires l’utilisaient notamment pour réaliser des onguents mondificatifs – chargés de nettoyer et de déterger les plaies et les ulcères – et pour confectionner diverses préparations à usage local sous forme d’emplâtre, de cataplasme, de poudre afin de traiter les lésions cutanées – des morsures de chien ou de serpent aux piqûres de guêpes, en passant par les blessures par objets contondants ou tranchants. Il aura finalement fallu attendre ces dernières décennies pour que ses propriétés thérapeutiques soient précisées et démontrées, et pour qu’il intègre une bonne fois pour toutes la panoplie des phytomédicaments indispensables. Ainsi, la science lui a récemment découvert des applications insoupçonnées. Par exemple, il possède une capacité démontrée à accumuler les métaux, notamment quand ils sont toxiques, comme l’uranium. (…)
Après l’hiver et son cortège de rhumes et de bronchites infectieuses, qui auront mis les voies respiratoires à dure épreuve, vient la saison suivante. Ce n’est pas forcément mieux. Lorsque certains chantent « c’est le retour du printemps ! », d’autres pestent : « c’est le retour de mes allergies ! ». Symbole de renaissance et de réveil de l’énergie pour les uns, cette saison est également synonyme d’inflammation et de congestion pour les autres, avec en perspective le redouté rhume des foins ou la redoutable crise d’asthme. Devinez quels pollens sont responsables des éternuements en rafale d’avril et des nez obstrués de mai et de juin : ceux du plantain, la seule partie de la plante qui ne possède pas de vertus bénéfiques. De quoi gâcher la montée de sève…Pas de panique ! Cette situation illustre les deux facettes de Dame Nature. Lorsque celle-ci dévoile son côté obscur et engendre quelque misère, elle fournit souvent de façon simultanée les solutions et les remèdes bénéfiques pour y faire face. De fait, une plante médicinale se détache du lot dans cette indication de l’allergie printanière, et c’est justement le plantain. Certes, son pollen peut déclencher un désagréable écoulement nasal ou une épuisante toux asthmatiforme. Néanmoins, l’herbe aux cinq coutures peut faire le bien, en apportant aussi l’antidote à ses propres méfaits. En se côtoyant, plantains et humains partagent le même destin, parfois pour le pire, souvent pour le meilleur. En l’occurrence, l’ordre naturel fait bien les choses, puisque, comme on l’a vu, il suffit de lever le pied pour en trouver ! Le tout est d’en extraire la substantifique moelle, afin de disposer d’un véritable médicament de plante. Attention toutefois à ne pas confondre les plantains lancéolé et majeur avec une autre Plantaginacée, à savoir Plantago ovata, alias l’ispaghul ou psyllium blond, dont l’efficacité s’exerce dans d’autres domaines de la santé. Il faut dire qu’ils sont doués dans la famille !
Une nouvelle fois, l’extrait de plante fraîche l’emporte haut la main sur son homologue sec, en préservant vaillamment l’activité antibactérienne de la délicate aucubine*, l’un de ses principaux iridoïdes. Protecteur incontesté de la sphère respiratoire, notamment de la trachée et des bronches, le plantain fait équipe efficacement avec le cassis pour combattre les redoutables allergènes qui agressent les secteurs ORL et oculaire, particulièrement au printemps. Ce duo thérapeutique de choc fait partie des nombreuses alliances stratégiques impliquant le plantain pour éteindre l’incendie de l’inflammation des muqueuses respiratoires. En collaboration avec le pin, la réglisse et le sureau, il déploie ses talents pour apaiser la toux et redonner vie à des nez et poumons victimes des pollens et des microbes saisonniers. Mais ce n’est là qu’un exemple, certes caractéristique, de ses multiples bienfaits, car l’herbe aux piqûres mérite bien son nom. A portée de main, quand ce n’est pas sous les galoches, elle se révèle être le premier recours salvateur pour soulager remarquablement les territoires cutanés traitreusement attaqués par les guêpes et autres insectes sournois. Qui aurait cru que cette humble plante des bas-côtés de nos routes puisse être une vedette incontestée de la pharmacie naturelle ? Pas mal du tout pour une mauvaise herbe ! »
* il est préférable de récolter les feuilles avant la floraison. Séchage délicat : lorsque celui-ci est trop lent, les feuilles prennent une teinte noire, qui indique que l’aucubine s’est décomposée. Une solution peut être de découper aux ciseaux ou au couteau sur planche, les feuilles en lanières de 0,5 à 1 cm de large pour faciliter le séchage.
