nom scientifique: Taraxacum officinale
famille: Asteraceae
statut: local
floraison: 3-6
intérêt pollinifère[0;5]: 5
intérêt nectarifère[0;5]: 3
propriétés / indications thérapeutiques:
digestives, apéritives, dépuratives /
troubles mineurs de la digestion, flatulences, ballonnements ; inappétence, anorexie ; détoxication hépatique et hépatoprotection
diurétiques, cholagogues, cholérétiques /
rétention hydrique ; stimulation de la sécrétion de bile
anti-inflammatoires, antioxydantes /
affections rhumatismales (goutte, arthrose,…); protection hépatique au cours de la radiothérapie anticancéreuse
autres /
pathologies cutanées (eczéma, acné, furonculose,…); hygiène buccale (en bain de bouche d’extrait aqueux)
utilisations:
décoction: 20-30 [g] de racines par litre, faire bouillir pendant 10 min., filtrer avant de boire, consommer 1 tasse, 2 à 3 x par jour (stimule la vésicule)
en salade: plante fraîche à consommer au printemps
contre-indications / précautions d’usage:
tenir compte de la teneur en potassium, en cas d’insuffisance rénale, cardiaque et/ou de diabète, non-recommandé chez la femme enceinte ou allaitante, ainsi qu’aux enfants de moins de 12 ans
particularités: (source : Dr LORRAIN ERIC, Grand Manuel de phytothérapie)
« Pissenlit ! Au premier abord, son nom fait quelque peu polisson. Mais derrière l’usage populaire de ce substantif énurétique se cache une appellation plus majestueuse : la dent-de-lion, magnifiant ainsi la découpure de ses feuilles, dont l’aspect léonin ne dissuade point de les dévorer en salade. Cela a même marqué les Anglais, qui la dénomment toujours Dandelion. Les fans des Rolling Stones se souviennent que les célèbres rockstars nommèrent ainsi l’une de leurs chansons, en 1967, qui connut un grand succès. Peut-être est-ce la raison pour laquelle les Beatles ont gardé une dent contre les musiciens rebelles? Ainsi affublé de ce qualificatif odontologique, Taraxacum nous en met plein la vue. D’après les Grecsanciens, son latex avait la vertu de calmer les irritations oculaires, d’où son nom scientifique Taraxacum qui, parmi les étymologies suggérées, proviendrait de la formation de deux mots grecs : táraxis désignant une inflammation de l’œil, et akeomai, quisignifie guérir. Le remède poussant facilement et gratuitement dans les champs, cela permettait aux Grecs de se soigner à l’oeil!
Ce même latex permet de classer les pissenlits dans la sous-famille des Lactucoideae (ou Cichorioideae), où on les retrouve plus spécifiquement dans la tribu des Lactucea (ou Cichorieae), au sein de la grande famille des Astéracées, laquelle comprend, parmi ses autres membres, la bardane, l’échinacée, la piloselle, l’artichaut, tous fort bien connus des phytothérapeutes. Elle regroupe également des végétaux à vocation alimentaire, comme les laitues, les chicorées (dont l’endive et la scarole), le salsifis, le topinambour, ainsi qu’un oléagineux bien connu, le tournesol. Si l’on s’intéresse aux propriétés pharmacologiques de toutes ces plantes, le fait d’évoquer cette parentèle « astéracienne » – néologisme créé pour l’occasion afin de désigner l’ensemble de ces herbacées vivaces, à feuilles alternes – permet de se remémorer leurs propriétés communes, comme l’amertume due aux lactones sesquiterpéniques – autrefois dénommés principes amers dans les anciens traités de matière médicale – : la plupart des plantes qui en contiennent sont dépuratives, c’est-à-dire détoxiquantes hépatiques (phase lI), stimulantes de l’activité enzymatique hépatique et rénale, et dotées d’effets anti-inflammatoires. D’où leur action digestive, hépatobiliaire, eupeptique et orexigène. Le pissenlit officinal ne déroge pas à cette caractéristique amère, bien au contraire, puisqu’il illustre parfaitement ce mécanisme d’action, qui agit également par le biais de la stimulation du parasympathique au niveau des sécrétions digestives et respiratoires. En clair, si vous digérez mal alors que vous avez une faim de loup, pensez à T. dens-leonis. Les deux font bon ménage ! Ces actions hépatobiliaires et digestives sont cependant bien mal servies par l’appellation vernaculaire de pissenlit, laquelle ne retient que la propriété emblématique de T. officinalis, celle qui a contribué à son succès, à savoir son effet diurétique. Celui-ci est certes réel, mais son évocation seule est limitative par rapport au champ de compétences effectif de la plante. Pour ne pas oublier son usage digestif et afin de ne pas se restreindre à une unique qualité urinaire, ainsi que dans l’idée de découvrir éventuellement d’autres propriétés récemment démontrées, il suffira de se souvenir, du moins pour les pays latins comme le nôtre, que la table précède toujours le lit !
Gardons-nous en effet de banaliser le florin d’or. Il forme un étincelant tapis jaune à l’arrivée des beaux jours et décore magnifiquement champs et prairies, avant de se transformer en couronne de moine. Le pissenlit commun est tellement répandu qu’on le prendrait vite pour une mauvaise herbe, lui qui envahit à la première occasion les allées et les plates-bandes, exposant le jardinier bien ordonné à l’astreignante corvée de désherbage manuel. Il serait dommage finalement de ne voir dans celte laitue de chien qu’une fausse chicorée qui fait digérer et «pisser ». Il est en grand temps de changer notre regard sur ce végétal populaire, que d’aucuns trouvent ordinaire alors qu’il appartient en réalité à l’élite mondiale des Herbes thérapeutiques. Cette plante « bien de chez nous » est effectivement plus cosmopolite qu’on ne le pense, étant connue et appréciée sur plusieurs continents, notamment en Asie. Il faut remercier les chercheurs de toute la planète, chinois en tête, accompagnés des indiens, pakistanais, saoudiens, algériens, égyptiens, sud-africains, mexicains, polonais, irlandais, espagnols, etc. Apportant à tour de rôle leur contribution ils font avancer à pas de géant la connaissance sur les vertus antioxydantes, anti-inflammatoires, cardiométaboliques et antivirales de Taraxacum officinale, dont les débouchés thérapeutiques apparaissent prometteurs. Grâce à leur matière grise, l’on découvre aussi, étonnamment, les propriétés neuroprotectrices et gonadostimulantes du modeste pissenlit. Pour autant, bien qu’intégrant désormais le gratin des remèdes végétaux, cette plante roturière n’oublie pas ses racines, et reste accessible à tout un chacun, pour peu que soient reconnues ses belles qualités. Ne capitulez pas devant cette complexité que masque son apparente simplicité. Voyez plutôt, grâce à la dent-de-lion, la possibilité d’affronter de nombreux problèmes de santé avec confiance, courage et détermination, sans avoir à montrer les crocs.
Le pissenlit est une espèce caractérisée par un très grand polymorphisme, puisque l’on a décrit 250 à 300 sous-espèces en France, 1 200 en Europe et près de 2 000 dans le monde. Ces chiffres ne tiennent même pas compte du fait que l’on a souvent tendance à appeler pissenlit toute plante à tige creuse et à capitule jaune, la confusion la plus courante étant avec une autre Astéracée, la piloselle. Dès lors que le béton minéral laisse place à des sols pourvus de matière organique, le pissenlit est en effet omniprésent, sans doute un peu trop aux yeux des amateurs de gazon anglais. La meilleure façon d’éclaircir la pelouse est de déguster I’importun, avec une petite vinaigrette et un oeuf mollet. Prenez soin cependant de ne pas avoir répandu préalablement des produits chimiques sur la belle étendue verte, ou bien, même en portant de bonnes lunettes, de ne pas ramasser la salade de taupe dans le premier terrain venu sans vous être auparavant assuré que celui-ci n’est pas contaminé par diverses substances, notamment de type métaux lourds comme le plomb. La plante est effectivement un efficace biomoniteur des agents polluants environnementaux, du fait de sa capacité d’absorber et de concentrer les constituants du sol sur lequel il croît. Ayant sélectionné une zone de cueillette appropriée, vous vous orienterez de préférence vers de jeunes pousses de printemps – en prenant garde au risque de contamination par la douve du foie, comme pour le cresson, si la plante est ramassée près d’une zone de pâturage -, que naturellement vous consommerez de votre vivant, pour un réel bénéfice santé. J’imagine que vous n’êtes pas pressés de manger les pissenlits par la racine…
Comme il n’est pas de science sans conscience, I’on se gardera d’oublier la dimension métaphorique du Taraxacum à dents de lion, due à son caractère anémochore. C’est l’une des plus belles joies de la petite enfance : souffler sur le capitule arrivé à maturité pour en disperser les graines parachutes, au gré des courants aériens. Ce rituel ludique a longtemps peuplé les souvenirs des bambins du temps jadis. II est probablement moins partagé par la génération de l’ère numérique actuelle. Autrefois, c’était un simple jeu qui nourrissait l’imaginaire, transformant n’importe quel marmot en poète inspiré. Avant même d’ouvrir le dictionnaire Larousse, le prétendant au savoir découvrait la fameuse phrase d’Emile Auguste Reiber, « Je sème à tout vent ». Illustrant la couverture de l’ouvrage depuis 1876, cette devise embrasse une sphère translucide, dont les aigrettes volages sont dispersées par une jeune femme digne des Muses de l’Antiquité. Symbole de la dissémination tous azimuts de la connaissance, la plante s’inscrit dans l’espace et dans Ie temps. Sa floraison est annonciatrice de l’arrivée effective du printemps. Le 26e jour du mois de ventôse, sixième mois du calendrier républicain français – qui couvre environ, selon l’année, la période du 19 février au 20 mars – n’avait-il pas été officiellement dénommé jour du pissenlit ? Quels poètes, ces révolutionnaires ! A la fin de l’hiver, ils auraient pu aussi l’appeler jour de la marmotte, celui où l’on s’oublie au lit… «
