menthe

nom scientifique: Mentha x piperita L.

famille: Lamiaceae (Labiatae)

statut: cultivé

floraison: 7-9
intérêt pollinifère[0;5]: 1
intérêt nectarifère[0;5]: 2

propriétés / indications thérapeutiques:

digestives, antispasmodiques, eupeptiques, anti-nauséeuses /
mal des transports, nausées et vomissements; reflux gastro-oesophagien; aérophagie, digestion difficile; ballonements, colites spasmodiques et syndrome du côlon irritable; gastrite (notamment en cas d’infection à Helicobacter pylori)

anti-inflammatoires, anti-infectueuses, antioxydantes /
obstruction nasale, rhumes; toux; rhinite allergique (en inhalation); affections buccodentaires

neurologiques /
céphalées de tension, migraines; douleurs ostéoarticulaires et tendinomusculaires; action tonique générale dans les états de fatigue mentale/physique

utilisations:

infusion: 2-3 [cs/l] (cuillères à soupe par litre) de plantes (feuilles sèches) – porter à ébullition de l’eau froide – laisser infuser ~ 5 min., boire selon les besoins , 2-3 tasses par jour

contre-indications / précautions d’usage:

ne pas utiliser en cas de grossesse, allaitement, chez les enfants, interactions possibles avec certains médicaments

particularités: (source : Dr LORRAIN ERIC, Grand Manuel de phytothérapie)

« La menthe est un végétal très particulier, aussi commun dans son usage qu’original dans ses spécificités. Sa reproduction végétative par simple propagation de ses stolons la conduit à l’abstinence sexuelle. De facto asexuée, elle se clone elle-même, en quelque sorte. Cela lui réussit plutôt bien puisqu’elle a désormais envahi la planète, avec la complicité humaine via une mise en culture qui fut longtemps sporadique avant de se généraliser au fur et à mesure du brassage des peuples et de leurs coutumes. Son histoire accompagne le développement de la civilisation. Elle est utilisée depuis des temps immémoriaux, comme en témoigne sa présence dans des tombes égyptiennes. Les Babyloniens, les Grecs et les Romains la connaissaient et l’utilisaient, notamment comme antalgique, sous des noms divers. Sur le plan taxonomique, il est difficile de préciser le nombre exact d’espèces appartenant au genre Mentha, et l’on devrait plutôt parler de menthes, au pluriel. En effet, elles se croisent facilement entre elles, ce qui a donné naissance à de nombreux hybrides naturels. Il faut dire que la menthe a refait surface après un long oubli, du moins en Occident, sur le plan médicinal. La menthe était toutefois cultivée dès le IXe siècle dans les jardins des monastères et des couvents européens. Et nul ne doute que l’infusion de menthe ou le taboulé, confectionnés avec les feuilles du même végétal, aient intégré de longue date les traditions culinaires du pourtour méditerranéen oriental et d’Afrique du Nord. Finalement, c’est aux Anglo-Saxons que l’on doit la renaissance des menthes, et même la naissance en ce qui concerne Mentha piperita, le plus célèbre des hybrides, apparu puis cultivé en Angleterre pour la première fois à la toute fin du XVIIe siècle et au début du siècle suivant, et disponible désormais sous plusieurs variétés selon l’endroit où il est cultivé. La menthe poivrée a ainsi marqué la tradition culinaire du pays où elle a vu le jour : les Anglais la mettent partout, y compris dans le thé, dans le chocolat, dans leur sauce et dans les petits pois … De fait, le marché du peppermint oil est largement dominé par les États-Unis, qui en produisent des milliers de tonnes. Au niveau mondial, l’HE de M. piperita se classe en cinquième position, après celles d’eucalyptus, placée quatrième, de citron, arrivée troisième, d’orange à la première place, la deuxième étant occupée par l’HE de M. arvensis, la menthe des champs, une autre espèce également grande pourvoyeuse de menthol.

La notoriété de la menthe n’est plus à faire : elle est partout. C’est une ressource quasi inépuisable. Elle s’est répandue dans les pays tempérés du monde, et s’acclimate très bien dans tous les jardins, au point de devenir envahissante et d’être parfois considérée comme une mauvaise herbe ! Cultivée massivement, la menthe poivrée donne naissance à son huile essentielle qui accapare toute la lumière tant sa notoriété est devenue grande. Sa saveur fait partie du patrimoine mondial de l’humanité. Ses arômes sont parmi les plus connus sur tous les continents. Ne plus parvenir à les percevoir n’est d’ailleurs pas bon signe : des études ont montré dans les populations âgées que moins les personnes sont capables de sentir l’odeur mentholée dégagée par la plante, plus elles sont associées à un risque élevé de démence, au point que les chercheurs proposent de l’utiliser comme prédicteur possible de cette maladie neuropsychique. Il faudrait être fou pour ne pas prendre en compte favorablement cette potentialité !

L’huile essentielle de menthe poivrée est tellement douée qu’elle tend à faire oublier les autres constituants de la feuille de menthe, à commencer par ses acides-phénols, en particulier son acide rosmarinique, caractéristique des Lamiacées, comme dans la mélisse et le romarin. De même, les flavonoïdes de la plante ne sont pas pour rien dans son activité. L’action synergique de l’ensemble de ses principes actifs est responsable de ses propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires, probablement sous-exploitées, qui contribuent à son tropisme neurologique. Cela explique que la menthe poivrée ne se contente pas de soulager la douleur et les spasmes, mais participe aussi grandement à l’amélioration de la fonction cérébrale lorsque celle-ci commence à décliner. Il est probable qu’à l’avenir on valorise davantage son action thérapeutique sur l’anxiété, l’humeur et la fatigue. De même, dans la sphère digestive, son activité sur les nausées (notamment post-opératoires ou lors de la chimiothérapie anticancéreuse), sur les troubles de la digestion et dans le syndrome de l’intestin irritable amène à considérer la plante comme un acteur majeur dans la prise en charge de ces problématiques de santé qui, sans être mortelles, altèrent sérieusement la qualité de vie de nombreux patients.

Certes, développer tous ces usages de la menthe poivrée au quotidien ne manque pas de sel quand on les compare aux formidables vertus intrinsèques de son huile essentielle, qui constitue à l’évidence son point fort. Tel est le piège avec ce végétal apatride qui a su conquérir le cœur de tous les peuples. Le risque existe de tomber dans un reductio ad menthol qui occulterait les magnifiques potentialités de la menthe poivrée dans son entièreté. Inversement, on pourrait craindre que le menthol globalisé mis à toutes les sauces ne suscite une réaction de rejet, du fait de son omniprésence à chaque instant de notre vie. Il faut savoir composer avec une double lecture de la plante. Celle à qui l’on fait appel pour soigner les tourments de notre esprit et de nos entrailles. Mais aussi celle qui prend la lumière et s’impose à nous pour des usages multiples essentiellement dus à ses principes actifs volatils : pharmaceutique bien sûr (pour ses principes actifs ou comme aromatisant), mais aussi hygiénique (crème de rasage, lotions, savons, etc.), ménager (produits d’entretien divers et variés), cosmétique, en parfumerie, dans l’industrie du tabac, sans oublier le domaine alimentaire. Dans ce dernier cas, c’est bien l’attrait gustatif de la menthe qui explique sa popularité. Que cela soit sur le plan culinaire, avec les nombreuses recettes qui l’incorporent (comme dans les salades, les terrines, les tartes, les sorbets, etc.), ou à visée gourmande et récréative, notamment dans les boissons (avec les sodas, sirops, tisanes, liqueurs, cocktails et même le vin !) et en confiserie (bonbons, chocolats, gommes à mâcher … ), il est très difficile d’y échapper !

Sauf à légiférer. C’est ce que s’est résolue à faire l’Union européenne, en interdisant l’utilisation du menthol dans les cigarettes depuis le 20 mai 2020. Cette décision a été prise afin d’éviter de masquer les effets négatifs de la nicotine, et pour faire en sorte que le tabac ne soit plus perçu à tort comme moins nocif pour la santé du fait de l’ajout de menthol, dans le but de lui faire bénéficier de ses effets sensoriels positifs supplémentaires. Les vertus avérées de la substance phare de M. piperita étaient l’arbre qui cachait la forêt des méfaits du tabagisme. C’est le paradoxe du bien: quand il y en a trop, parfois c’est pire ! Apprécions la menthe poivrée à sa juste mesure. Il y a en effet de belles opportunités pour bénéficier de ses avantages, afin d’en retirer raisonnablement les bénéfices escomptés. Parmi eux, le sentiment de fraîcheur qu’elle procure n’est pas le moindre. La menthe, une bonne façon de se préparer au réchauffement climatique ? La vérité si je mens ! »