
Depuis l’Antiquité, le miel est réputé pour ses bienfaits thérapeutiques. Il a en effet des propriétés anti-bactériennes, anti-oxydantes, anti-inflammatoires et cicatrisantes. Ainsi, par exemple, il peut être utilisé pour diminuer les effets de certaines réactions allergiques (comme le rhume des foins), réduire les irritations oculaires, les inflammations de la conjonctivite, agir contre le virus de l’herpès, empêcher la croissance de la bactérie Helicobacter pylori (à l’origine d’ulcères d’estomac), ou encore aider à guérir efficacement certaines plaies.
Dans ce dernier cas, les raisons de l’efficacité des traitements au miel sont les suivantes:
- sa viscosité protège la plaie fraîche de la contamination
- son effet hydrophile favorise un drainage de la plaie et crée un environnement sainement humide
- son action anti-bactérienne prévient les infections et les mauvaises odeurs
- ses propriétés anti-oxydantes réduisent significativement l’inflammation de la plaie
- son action cicatrisante stimule la reconstruction des tissus détruits
En plus de ses qualités thérapeutiques, le miel dispose également d’intéressantes propriétés nutritionnelles.
Propriétés nutritionnelles
De par sa composition, le miel est une bonne source d’énergie et son pouvoir calorique est important :
~300 [kcal] pour 100g de miel (contre ~400 [kcal] pour 100g de sucre)
Il peut constituer un bon complément alimentaire (notamment pour les personnes malades ou âgées) et le mélange fructose/glucose qui le compose majoritairement est très intéressant pour couvrir les besoins en énergie des sportifs. En effet, le glucose est rapidement assimilé par l’organisme, alors que le fructose l’est un peu plus lentement.
L’indice glycémique (IG) mesure la capacité d’un aliment à augmenter la glycémie (taux de sucre dans le sang). Un IG élevé provoque une augmentation rapide de la glycémie et une libération importante d’insuline ; favorisant le stockage des graisses, la prise de poids, et sur le long terme l’apparition de pathologies chroniques au niveau cardiovasculaire ou du diabète de type 2. La valeur de référence de l’IG est le glucose avec un IG à 100. Sur la base de ce niveau, l’IG des aliments peut être classé en 3 catégories :
IG élevé – supérieur à 50,
IG moyen – entre 35 et 50
IG faible – inférieur à 35
L’IG du miel varie selon le type de miel. Les miels riches en fructose comme les miels d’acacia, de châtaigner ou de tilleul ont un IG plus bas (aux alentours de 50). Au contraire, le miel de colza riche en glucose et le miel de sapin avec une teneur élevée en mélézitose (composé d’unités de glucose) atteignent des valeurs d’IG nettement plus élevées. Les miels bénéficiant d’un IG plus bas, comme le miel de tilleul, présentent ainsi un intérêt nutritionnel particulier dans la prévention des pathologies cardiovasculaires et du diabète de type 2.
| TYPE DE MIEL | INDEX GLYCEMIQUE |
| Tilleul | 49 |
| Acacia | 53 |
| Bruyère | 53 |
| Châtaignier | 53 |
Propriétés antioxydantes
L’oxydation est une réaction chimique qui se fait en présence d’oxygène. Lors de certaines réactions, au niveau cellulaire (par exemple lors de la production de l’ATP), des radicaux libres (qui sont des dérivés réactifs à l’oxygène – ROS , Reactive Oxygen Species) sont formés. La présence de ROS crée par notre métabolisme cellulaire est normale (de nombreux processus physiologiques de notre corps produisent des radicaux libres, comme la respiration). Cependant, certains facteurs externes peuvent contribuer à augmenter considérablement la production de ROS (exposition excessive aux UV, rayonnements électromagnétiques, polluants, métaux lourds, tabac, alcool, certains médicaments,…), créant ainsi un stress oxydatif qui induit un vieillissement des cellules et qui peut également être à l’origine de différentes pathologies. Les antioxydants pourront alors permettre de ralentir ce stress ou de rétablir l’équilibre oxydatif.
Les antioxydants les plus connus sont le ß-carotène (provitamines A), l’acide ascorbique (vitamine C), le tocophérol (vitamine E), les polyphénols et le lycopène. Ceux-ci incluent les flavonoïdes (très répandus parmi les végétaux), les tanins (dans le cacao, le café, le thé, le raisin, …), les anthocyanes (notamment dans les fruits rouges) et les acides phénoliques (dans les céréales, les fruits et les légumes). Les propriétés antioxydantes du miel sont principalement dues aux polyphénols et à leur sous-classe les flavonoïdes. Le miel peut contenir de nombreux polyphénols de structure différente. La concentration et le type de ces composés chimiques peut varier significativement en fonction de l’origine botanique du miel.
| TYPE DE MIEL | TENEUR EN POLYPHENOLS (mg GAE/100g) |
| Bruyère | 110-164-190 |
| Sarrasin | 87-110-180 |
| Miellat | 56-65-72 |
| Tilleul | 41 |
| Châtaignier | 21-43 |
| Pissenlit | 32-45-63 |
| Colza | 18-33-41 |
| Acacia | 5-22-33 |
| Trèfle | 7-13 |
Propriétés antibactériennes
L’activité antimicrobienne du miel est basée sur différentes caractéristiques physiques et chimiques, à savoir:
- l’osmolarité (élevée) et la viscosité
- le pH (acide)
- le peroxyde d’hydrogène
- les facteurs dits « non-peroxydes »
L’osmolarité élevée du miel, qui est dû à sa forte concentration en molécules de sucre et sa faible teneur en eau, provoque une interaction des molécules de sucres avec les molécules d’eau; ce qui favorise le drainage de l’humidité. Dans le cas de l’application de miel sur une plaie, ce drainage déshydrate les bactéries (qui ne survivent pas), diminue l’œdème local et réduit les risques de macération. De plus, la viscosité du miel permet la formation d’une barrière protectrice prévenant la formation de biofilms souvent à l’origine d’infections diverses.
Le pH du miel se situe généralement entre 3.5 et 4.5 pour un miel de nectar et entre 4.5 et 5.5 pour un miel de miellat. Ce milieu acide est défavorable au développement des bactéries. C’est une dégradation enzymatique du glucose et la production d’acide gluconique qui est majoritairement responsable de ce pH acide.
Le peroxyde d’hydrogène ou inhibine du miel (communément appelé « eau oxygénée ») est obtenu par la dégradation enzymatique du glucose en présence d’eau et d’oxygène. Il a la propriété d’inhiber la croissance bactérienne.

La glucose oxydase est une enzyme secrétée par les glandes hypopharyngiennes de l’abeille et naturellement présente dans le miel. Elle va catalyser l’oxydation du glucose pour former du peroxyde d’hydrogène et de l’acide gluconique. Dans le cas d’une guérison de plaie avec du miel, l’eau provenant des exsudats de la plaie favorisera la réaction ci-dessus avec une libération lente et régulière de peroxyde d’hydrogène qui exercera une action antiseptique prolongée sans dégradation tissulaire locale.
Outre le peroxyde d’hydrogène, le miel contient également d’autres composés qui assurent une action antibactérienne, ce sont les facteurs dits « non peroxydes ». Par exemple, la défensine-1 est une protéine (peptide antibiotique) élaborée par les glandes hypopharyngiennes et mandibulaires de l’abeille qui contribue à ses défenses immunitaires et qui se retrouve dans le miel. L’origine végétale et géographique du miel influence également ses propriétés antimicrobiennes. Les inhibines « non peroxydes » sont majoritairement des substances phytochimiques issues de la source mellifère. Ainsi, le miel de bruyère contient de la myricétine, le miel de tournesol est lui plutôt riche en flavonoïdes. Les propriétés antiseptiques du miel de thym sont notamment dues à la présence de thymol, carvacrol et linalol. Finalement mentionnons le miel de Manuka, qui contient un facteur « non peroxyde » en quantité très importante: le méthylglyoxal, un composé naturellement présent à forte concentration dans le nectar des fleurs de manuka (petit arbuste de la famille des myrtacées très répandu en Nouvelle-Zélande).
Propriétés cicatrisantes
Je garde toujours en mémoire le témoignage d’un ancien apiculteur racontant qu’il avait pu parfaitement cicatriser une plaie chirurgicale suite à une opération à cœur ouvert avec des compresses à base de miel; et qu’ayant constaté ces merveilleux effets du miel naturel, cela lui avait transmis l’envie de devenir apiculteur.
Le peroxyde d’hydrogène, l’osmolarité élevé du miel et son pH acide sont des éléments qui favorisent la cicatrisation.
Effets bénéfiques contre la toux
En août 2023, Hubert Maisonneuve, maître d’enseignement et de recherche à l’Institut universitaire de médecine de famille et de l’enfance de l’UNIGE, a publié avec son équipe une étude innovante* montrant que 2/3 des patient-es interrogé-es utilisent des remèdes de grand-mère de façon très régulière. Globalement, le miel figure parmi les plus utilisés. Les scientifiques ont également relevés que le thym se positionne aussi parmi les remèdes traditionnels les plus fréquemment adoptés pour le soulagement des symptômes ORL.
Lors d’une interview menée pour l’émission d’À bon entendeur diffusée le mardi 4 juin 2024, le Dr PD Hubert Maisonneuve relève que :
« Le miel pour des symptômes comme la toux ou les maux de gorge a une efficacité au moins aussi bonne que celles des médicaments vendus dans le commerce et prescrits (…). On pense que le miel a une efficacité de part sa viscosité – il vient tapisser les muqueuses et donc il offre un soulagement dans des affections où l’on a des douleurs liées à des problèmes de revêtements –. On a des hypothèses sur des effets qui seraient antimicrobiens, anti-infectieux, et qui permettraient d’accélérer la guérison. Et puis on a des preuves sur l’amélioration de l’inconfort lié à la toux et l’amélioration de la fréquence de la toux. Ce sont des preuves mais sans que l’on sache exactement pourquoi et comment ça fonctionne. »
*lien vers l’étude :
