L’Abeille

« Au sortir de la ruche elle aspire en même temps que l’azur, la longanimité et la condescendance. Elle s’écarte devant qui la dérange, elle affecte d’ignorer l’existence de qui ne la serre pas de trop près. On dirait qu’elle se sait dans un univers qui appartient à tous, où chacun a droit à sa place, où il convient d’être discret et pacifique. Mais sous cette indulgence se cache paisiblement un cœur si sûr de soi qu’il ne songe pas à s’affirmer. Elle fait un détour si quelqu’un la menace, mais elle ne fuit jamais. D’autre part, dans la ruche, elle ne se borne pas à cette passive ignorance du péril. Elle fond avec une impétuosité inouïe sur tout être vivant : fourmi, lion ou homme qui ose effleurer l’arche sainte.(…). On peut estimer que l’abeille, ou que la nature dans l’abeille a organisé d’une manière plus parfaite que nulle autre part, le travail en commun, le culte et l’amour de l’avenir. »

Maeterlinck M., La Vie des Abeilles, Ed. Abeille et Castor, Angoulême, 2009, p.94