Histoire
Les premières mentions et représentations de miel dont nous ayons connaissance datent du Néolithique. Par exemple, sur l’une des fresques retrouvée dans la province de Valence (ES) sur les parois des Grottes de l’Araignée (Cuevas de la Araña), est représentée une scène de récolte de miel par une personne suspendue à des lianes/cordes, tenant un panier et entourée d’abeilles. Cette peinture rupestre pourrait dater de plus de 8000 ans. Il s’agit ici d’une scène de récolte de miel à l’état sauvage. Les premières domestications d’abeilles apparurent probablement autour de 3000 ans av. J.-C. – et les premières représentations de ces abeilles domestiquées datent du Haut Empire égyptien (2400 ans av. J.-C.).

Outre son utilisation alimentaire, le miel était déjà à cette époque, également apprécié pour ses bienfaits curatifs. Par exemple, son utilisation comme pommade guérissante est recommandée et inscrite sur une tablette sumérienne datant d’il y a 4000 ans: Mélanger du limon de rivière avec de l’eau, y pétrir un peu de miel et mélanger à de l’huile de cèdre chaude. Les Égyptiens et les Grecs de l’Antiquité citent, quant-à-eux, l’emploi du miel dans des recettes à usage médical interne et externe. Hippocrate expliquait: Le miel nettoie les plaies et les ulcères, adoucit les lèvres gercées, guérit les furoncles…
Le miel faisait également partie d’offrandes et de rites religieux. Les Sumériens et les Babyloniens l’employaient lors de cérémonies religieuses. Les Égyptiens s’en servaient pour embaumer leurs morts. Pour eux, le miel provenait des larmes du dieu Râ.
Au cours de l’histoire antique le miel fut également utilisé comme « arme de guerre » … En effet, certains miels de rhododendrons ayant des effets toxiques ont été employés par Les Perses comme stratagème de défense. Deux évènements historiques peuvent être relevés :
- L’empoisonnement de 10’000 soldats mercenaires grecs recrutés par Cyrus le Jeune pour tenter de renverser son frère, Artaxerxes II, roi de Perse. Xénophon, historien et chef militaire de la Grèce antique, relate les faits dans le livre IV de son œuvre l’Anabase. Il y raconte comment après la débâcle de l’armée grecque, les soldats tentant de regagner la côte de l’Asie Mineure traversèrent des villages abandonnés dans le Nord de la Turquie où ils y trouvèrent des gâteaux de miel….« tous les soldats qui mangèrent des gâteaux de miel, eurent le transport au cerveau, vomirent, furent purgés, et qu’aucun d’eux ne pouvait se tenir sur ses jambes. Ceux qui n’en avaient que goûté, avaient l’air de gens plongés dans l’ivresse ; ceux qui en avaient pris davantage ressemblaient, les uns à des furieux, les autres à des mourans. On voyait plus de soldats étendus sur la terre, que si l’armée eût perdu une bataille, et la même consternation y régnait. »
- Trois cents ans plus tard, en 97 av. J.-C. , ce seront les soldats du général romain Pompée le Grand qui seront victimes d’intoxications au miel de rhododendron. Pline l’Ancien relatera que des jarres d’hydromel furent placées par les alliés du roi de Perse Mithridate VI en quantité importante sur le chemin des troupes romaines. Au total, 1440 soldats périrent ainsi empoisonnés.

Le rhododendron est une plante mellifère que nous trouvons dans nos Alpes suisses, surtout entre 1400 et 2500 m. On en trouve deux variétés qui sont non-toxiques: le rhododendron cilié (r. hirsutum) et le rhododendron ferrugineux (r. ferrugineum). Le rhododendron ponticum qui est originaire d’Europe méditerranéenne et d’Asie du sud-ouest est quant-à-lui une variété toxique pour l’homme.
Au Moyen-Age, les rois, les seigneurs et les abbayes jouissaient d’un droit féodal les autorisant à prélever une certaine quantité d’essaims, de ruches, de cire et de miel dans les ruchers de leurs vassaux. La cire était alors abondamment utilisée pour la fabrication de cierges liturgiques et le miel, avec les fruits, constituaient les seules sources d’édulcorants connus.
Au XVIIIe siècle, François Huber (1750-1831) un naturaliste genevois passionné de sciences naturelles et l’un des plus grands spécialistes des abeilles de son époque, est sans nul doute l’un des précurseurs de l’apiculture moderne. Il est notamment à l’origine des premières ruches en cadres amovibles, permettant de conserver la dimension de grappe des colonies naturelles tout en offrant la possibilité d’observer les activités des abeilles au cœur de leur nid. Ces ruches sont sans nul doute les ancêtres de la ruche à hausses moderne qui fut brevetée quelques années plus tard (en 1851) par le professeur Lorenzo Langstroth. Les hausses permettaient, entre autres, de récolter le miel sans dommages (jusqu’alors les techniques de récoltes par étouffage à la mèche de souffre, par transvasement ou par prélèvement des galettes de cire endommageaient gravement ou anéantissaient totalement la colonie). Parmi les précurseurs de l’apiculture moderne, mentionnons également Catherine Vicat (1712-1772), une vaudoise et grande érudite qui écrivit notamment 64 articles portant sur ses expériences et observations, et qui construisit sa propre ruche modulable et longitudinale qui lui permettait également de récolter le miel sans détruire le couvain.
Symbolisme
« Aliment premier, nourriture et boisson tout à la fois, à l’instar du lait, auquel il est souvent associé, le miel est d’abord un faste symbole de richesse, de complétude et surtout de douceur ; il s’oppose à l’amertume du fiel, il diffère du sucre, comme diffère ce que la nature offre à l’homme de ce qu’elle lui cache. Lait et miel coulent en ruisseaux sur toutes les terres premières dont l’homme fut chassé. (…) »
Le miel est à la base de l’hydromel, un breuvage qui est célébré dans les traditions celtes comme étant une boisson d’immortalité.
La tradition chinoise associait le miel à l’élément terre, et à la notion de centre.
« Pour la confrérie mystique des Bektachi (d’obédience shiite), le miel désigne le Hak, cette réalité transcendantale, but de tout chemin spirituel, où l’être se fond avec la divinité ; ce qui s’accomplit dans le fana état d’anesthésie où s’abolit également la notion même de douleur. (…)»
« Le miel est en terre bouddhique, associée à la doctrine :
Ma doctrine est comme de manger du miel, le commencement en est doux, le milieu en est doux, la fin en est douce. »
« La perfection du miel en fait aisément une offrande puissante et propitiatoire, un symbole de protection et d’apaisement. Les Athéniens offraient des gâteaux de miel au Grand Serpent, pour qu’il reste dans sa grotte. »
« Pour les Amérindiens, le miel fait partie des rites de médecine : il jouait un grand rôle dans leurs cérémonies et leurs rituels. »
Source : Jean Chevalier, Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles
