bleuet

nom scientifique: Centaurea cyanus L.

famille: Asteraceae

statut: cultivé

floraison: 6-10

propriétés / indications thérapeutiques:

adoucissantes (cutané), antirhumatismales, astringentes, anti-inflammatoires, digestives, diurétiques (léger), calmantes /
aide à la digestion; tonifie le foie; calme les inflammations buccopharyngées; soulage la fatigue oculaire et les affections ophtalmiques (conjonctivite, blépharite, orgelets..); élimine les pellicules du cuir chevelu; laxatif léger pour les enfants (graines)

utilisations:

tisanes : 15 [g/l] (grammes par litre) de fleurs séchées – porter à ébullition de l’eau froide – laisser infuser ~ 5-10 min., lors de troubles digestifs ou comme dépuratif léger, boire 2-3 tasses par jour. Une infusion 2 x plus concentrée pourra être utilisée chaude en bains de bouche ou en gargarismes plusieurs fois par jour (aphtes, gingivites, inflammations de la gorge, ..), ou pour soulager les yeux.
Un vin digestif peut se préparer en mettant 30 [g] de fleurs à macérer pendant 8-10 jours dans un litre de vin blanc (contenant fermé hermétiquement)

contre-indications / précautions d’usage:

pour éviter que les fleurs ne se décolorent en séchant, couper les tiges et suspendre les fleurs dans un endroit aéré, à l’abri du soleil.

particularités: (source: Books of Dante – 2017)

« Le bleuet, fleur des poètes dit-on… La mythologie nous raconte que Cyanos, l’enfant poète, chantait si bien les louanges de la Nature, qu’il fut métamorphosé en bleuet par la déesse Flore afin que l’on se souvienne de lui chaque année. En Russie, on retrouve un motif assez semblable. Un vieux conte nous explique qu’un homme fut séduit par une nymphe dans les épis d’un champ de blé. Afin de ne plus séduire, de ne plus être séduit, la nymphe changea cet homme en bleuet.
Chez les Celtes, le bleuet passait pour une plante protectrice, assurant la sécurité des habitations, des réserves de nourriture et des animaux pour une année entière, un usage qui s’est perpétué car bien plus tard, les bergères tressaient des couronnes de bleuet qui, une fois portées, assuraient la tranquillité de leurs troupeaux.
Le bleuet fut pour longtemps le seul apanage des poètes et des faiseurs de légendes, et ne fut convié au sein des officines que très tardivement, du temps d’Hildegarde affirment certains, mais je n’ai trouvé aucune trace d’un emploi de cette fleur bleue dans les écrits de l’abbesse. Si le bleuet apparaît clairement dans les Grandes Heures d’Anne de Bretagne, c’est à seul titre ornemental. Il faudra véritablement attendre le XVIe siècle pour qu’on penche le premier regard médicinal sur le bleuet. Matthiole, sensible à la théorie des signatures, associa la couleur bleue de ses fleurs à une vision cristalline telle qu’elle peut l’être lors d’un ciel sans nuée : « Le bleuet qui représente avec son cœur sombre un œil bleu avec une pupille noire, est excellent pour la vue » (1).
Cazin écrivait qu’autrefois « on employait le bleuet contre une foule de maladies plus ou moins graves » (2), mais devant la faiblesse des données écrites à ce sujet, l’on peut en déduire que le bleuet était surtout un simple de la médecine populaire des empiriques, comme semble le suggérer l’auteur qui signe Botan : « Quelques rebouteux avisés s’en servent dans l’inflammation des reins et dans le rhumatisme et la goutte » (3). On rencontre aussi quelque incursion du bleuet chez les apothicaires qui proposaient, au XVII ème siècle, une eau de bleuet, dite « eau de casse-lunettes », sédative et fortifiante des yeux. On l’obtenait « en faisant macérer des fleurs pilées dans de la rosée ou de la neige fondue, que l’on distillait ensuite à la douce chaleur du bain-marie » (4).

Originaire du Proche-Orient, le bleuet s’est répandu en Europe car il a accompagné les céréales sur les chemins que l’homme leur a fait emprunter. Associé au coquelicot des champs de blé, le bleuet est une espèce végétale annuelle à germination hivernale qui répond encore aux doux noms de « mauvaise herbe » et d’adventice. Mais il est bien plus que cela, c’est aussi une messicole, un terme construit sur le latin messio, « moisson ». Après un usage massif et continu d’herbicides par l’agriculture intensive moderne, le bleuet a bien failli disparaître. Malgré cela, il reste relativement fréquent (je dis bien : relativement) dans les zones tempérées de l’hémisphère nord où il affectionne les terres incultes, les prés rocailleux, les cultures de céréales, bien sûr, de préférence sur sol acide et jusqu’à une altitude maximale de 1700 m. La survie du bleuet lui a été possible de par l’énorme quantité de graines qu’un seul pied est capable de produire : environ 300000 ! Il s’agit de petits akènes surmontés de petites arêtes, issus d’une floraison qui s’étend généralement entre le mois de mai et celui de septembre. Tubuleuse au début, la fleur de bleuet est alors violacée, rarement blanchâtre ou rosâtre. Puis, lors de l’éclosion, elle prend sa caractéristique couleur bleue et forme un capitule dont le diamètre varie de 15 à 25 mm. Léger et aérien, le bleuet est une plante assez ramifiée, aux longues feuilles très étroites, de couleur gris vert, duveteuses et dont l’odeur est désagréable quand elles sont froissées.

Le bleuet des champs en phytothérapie

On a toujours accordé la primauté aux fleurs du bleuet, ses feuilles et ses graines ayant été, au cours de son histoire thérapeutique, reléguées au rang d’usages anecdotiques. La cyanine, c’est-à-dire le pigment qui donne sa belle couleur aux pétales du bleuet, peut-elle à elle seule justifier le fait qu’on ait occulté bien d’autres substances contenues, pour certaines d’entre elles, dans d’autres parties de cette plante ? Ne considérer du bleuet uniquement ses pétales d’un bleu azur explique-t-il qu’un personnage comme Cazin a dit de lui qu’il était presque inerte ? Il accorde à cette plante moins de dix lignes, c’est tout dire ! Pourtant, le bleuet n’est pas réductible qu’à un seul pigment végétal, puisqu’il recèle dans ses tissus du tanin, un principe amer du nom de centaurine (ou cnicine), du mucilage, des flavonoïdes, des composés acétyléniques, des anthocyanosides, mais ce sont surtout de grandes proportions de sels minéraux et d’oligo-éléments qui sautent aux yeux : 50 % de potassium, 9 % d’acide phosphorique, 6 % de magnésium et une quantité non négligeable de manganèse. « Il est vraisemblable qu’elle n’est pas si ‘inerte’ qu’on l’a prétendue », souffle Fournier dans les années 1940 (5). Et j’accorde à rejoindre l’avis du chanoine, en prenant uniquement compte du potassium et du manganèse que nous venons de citer. Le potassium, cardiotonique, est également un tonique musculaire dont l’implication dans le péristaltisme intestinal ne fait plus aucun doute. Il intervient aussi dans la régulation des glandes surrénales. Quant au magnésium, dont l’administration « renforce l’action des autres médications » (6), non seulement il favorise les fonctions hépatiques et rénales, mais il contribue également à la fixation des minéraux, du fer, des vitamines, etc. dans l’organisme. Toutes ces propriétés sont très loin d’être anodines, n’est-ce pas ? Ceci explique sans doute pourquoi, à l’exposé de ces quelques faits, le bleuet n’est pas que l’anti-inflammatoire oculaire qu’on le croit être toujours, bien qu’il me soit arrivé, à la lecture de certains ouvrages récents, de constater qu’on lui reniait même cette propriété ophtalmique qui a fait sa gloire ! »